Les survols répétés de sites nucléaires par des drones d'origine non identifiée relancent les inquiétudes au sujet des piscines où refroidissent les combustibles usagés, beaucoup moins protégées que les réacteurs.

November 17, 2014

 "On nous dit "c'est pas un drone qui peut faire sauter le dôme d'une centrale nucléaire" mais, dans une centrale, il y a des éléments comme les disjoncteurs ou les piscines (qui ne sont pas protégés comme le réacteur). Si on peut survoler les sites avec une petite bombe (à bord d'un drone), ça peut provoquer des dégâts énormes", déclarait jeudi à l'AFP Jean-Claude Delalonde qui préside l'association fédérant les Commissions locales d'information (regroupant élus locaux, syndicats, scientifiques et associations) des installations nucléaires (Anccli).

"L'absence d'informations" du gouvernement sur les survols de drones au-dessus des centrales nucléaires "inquiète" l'Anccli, a souligné l'ex conseiller général PS de Nord.

Une réaction à relativiser toutefois puisque, comme nous l'expliquions dans l'article ci-dessous : tous les bâtiments des centrales sont concus pour résister à des PGVE (projectiles générés par des vents extrêmes). Des projectiles de 50 à 60 kilos tels que des planches ou du bardage, emportés par des vents à plus de 200 km/h.

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De plus, la capacité d'emport d'un drone de loisir est limitée à quelques centaines de grammes, et peut atteindre les 4 kilos tout au plus dans le cas d'un multirotor professionnel. Pas évident qu'une telle charge explosive suffise à menacer l'intégrité d'une structure capable de résister à une éventuelle explosion des réservoirs d'hydrogène placés à proximité de la centrale, afin d'en refroidir les turbo-alternateurs.

Une zone de fragilité dans la sécurité

Le président de l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN), Pierre-Franck Chevet, l'a dit dans les Echos de mercredi: "Les centrales résistent à des objets bien plus gros que les drones, sauf les piscines de combustibles usés, protégées par des bardages métalliques". Les 58 réacteurs des 19 centrales françaises eux sont officiellement protégés de la chute de petits avions par des dômes de béton armé de 90 cm d'épaisseur, selon Greenpeace.

En 2013, le gendarme du nucléaire avait d'ailleurs demandé à EDF de "renforcer la sûreté de l'entreposage de combustible".

BUNKER. "Il faudrait bunkériser les bâtiments des piscines afin de diminuer leur vulnérabilité, un point de faiblesse important des sites nucléaires", a lancé mardi Europe Ecologie les Verts (EELV) de la Manche, département le plus nucléarisé de France, dans un communiqué reconnaissant que "l'hypothèse est peu vraisemblable en raison du coût financier".

"Bunkériser, ce n'est pas une mauvaise solution. Mais la meilleure, c'est ce qu'on nous dit depuis 50 ans: empêcher les survols", estime de son côté M. Delalonde, dans l'ex-canton duquel se trouve, à Gravelines, la centrale qui compte le plus de réacteurs en France (six) et qui fait partie des sites nucléaires français survolés par des drones depuis début octobre. EDF a compté une vingtaine de survols de centrales.

La solution de la double coque

Fin 2013 déjà, dans un livre blanc sur la sûreté, les CLIs de la Manche avaient suggéré une "double coque acier-béton" pour les immenses piscines Areva de Beaumont-Hague qui selon la Presse de la Manche de dimanche a été survolée vendredi par un drone. Tous les combustibles usagés de Franceconvergent en effet vers cette usine de retraitement des déchets, après une première période de refroidissement dans les centrales.

Au total, l'équivalent d'une centaine de cœurs de réacteurs attendent d'être retraités dans les piscines de l'usine, selon le livre blanc préfacé par l'ASN, et ce, dans des bâtiments comparables à des "hangars" selon le président des CLIs de la Manche, Michel Laurent, conseiller général DVD, et ancien salarié de l'usine Areva.

REJETS. Or, si les piscines d'une centrale se vident, les combustibles irradiés à l'air libre émettent des "rejets radioactifs très importants", qui peuvent interdire l'accès au site comme l'a rappelé l'Institut français de sûreté nucléaire (IRSN) lors de la catastrophe de Fukushima, en 2011. Les Japonais avaient bataillé ferme pour "éviter le pire", l'assèchement d'une piscine dont l'eau se réchauffait et qui émettait des rayonnements élevés. Dénoyés, les combustibles auraient émis des rejets comparables à ceux deTchernobyl selon l'IRSN.

La piscine du réacteur nouvelle génération EPR en construction à Flamanville (Manche) sera d'ailleurs équipée d'une "coque-avion".

Areva-La Hague met elle en avant la robustesse de ses piscines où les combustibles sont, selon elle, "près de 10 fois" moins chauds que ceux des piscines des centrales. L'entreprise a prévu des réserves d'eau d'urgence. Le groupe confirme que "plusieurs" de ses sites français ont été survolés de drones, sans préciser lesquels.

Depuis les attentats de 2001 aux Etats-Unis, l'usine est surveillée par un radar qui détecte les avions qui coupent leurs signaux. Mais les drones peuvent lui échapper, note M. Laurent.

 

source : http://www.sciencesetavenir.fr/

 

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