Drones: Les fabricants n’ont que faire de vos craintes

HIGH-TECH Pour plusieurs d'entre eux, les questions que le public se pose sur la vie privée et la sécurité ne sont pas fondées…

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A l’approche des fêtes de fin d’année, Eric Cheng se réjouit. Le directeur de l'imagerie aérienne pour le fabricant de drones DJI, célèbre pour ses quadricoptères Phantom, le sait d’avance: «Leurs ventes vont exploser à Noël!» Après de nombreuses années dans l’ombre, ces appareils suscitent aujourd’hui un «intérêt énorme» chez le grand public notamment parce que «les caméras intégrées sont devenues très performantes» et que les coûts de fabrication (et donc les prix de vente) ont baissé.

«On peut se faire mal avec un drone comme on se ferait mal avec un vélo»

Mais aussi ludiques et fascinants soient-ils, plus ils s’invitent chez les particuliers, plus les drones suscitent des craintes. Et si certains l’utilisaient pour prendre des photos chez vous? Et si l’un d’entre eux venait s’écraser sur vos enfants? Début décembre, le Sunday Times nous apprenait qu’un drone avait manqué de percuter un A320 à l’aéroport d’Heathrow à Londres.

«On est conscient de la mauvaise image que peuvent avoir les drones», admet Eric Cheng. Mais il ne s’inquiète pas pour autant: il a vu les ventes de ceux de DJI «croître de manière exponentielle» chaque année depuis 2012. De son côté, Henri Seydoux, le patron du fabricant français Parrot, reste également décontracté. Interrogé à ce sujet à la conférence LeWeb la semaine dernière, il a estimé que les questions relatives à la sécurité des utilisateurs n’étaient pas fondées. «On peut se faire mal avec un drone comme on se ferait mal avec un vélo. Ce n’est pas dangereux ni létal», argue-t-il. «Les plus petits font 1,3 kg, ils ne peuvent pas blesser sérieusement quelqu’un. Et avec le système GPS, les drones sont beaucoup plus faciles à manœuvrer qu’auparavant», fait valoir de son côté Eric Cheng. Argument ultime de son homologue de Parrot: «La plupart des objets peuvent être utilisés de manière inappropriée. Prenez les marteaux!»

Des restrictions à imposer aux appareils eux-mêmes?

Eric Cheng juge toutefois que c’est en partie aux fabricants de drones de réagir. «Il est important d’imposer des restrictions sur les appareils», selon lui. Les drones qui se déplacent grâce à des GPS doivent ne pas pouvoir voler dans une «zone interdite» même si son utilisateur veut l’y amener. De même pour l’altitude. Voler au-dessus de 150 mètres en France devrait, de la même manière, devenir techniquement impossible pour être sûr que l’utilisateur n’ait pas de problèmes avec les autorités. Mais encore faut-il que les comportements autorisés soient clairs et exhaustifs. «La régulation est un grand bazar, elle est différente dans chaque pays», a déploré Henri Seydoux.

Quant au problème que peuvent poser les drones pour la vie privée de chacun, Eric Cheng ne se montre pas plus inquiet. «Les gens peuvent déjà filmer chez leurs voisins en utilisant leur smartphone par-dessus leur clôture», répond-il du tac au tac, presque blasé. Pour ceux qui ne sont pas convaincus, des entreprises se penchent déjà sur des détecteurs de drones (aussi cher que ces appareils volants) destinés aux particuliers qui ont peur d’être espionnés. Des produits qui devraient faire fureur si les drones grand public se généralisent et si certains de leurs utilisateurs ignorent les «bonnes pratiques».

Anaëlle Grondin : 20minutes.fr