PARROT : « Aujourd’hui Parrot a deux moteurs : l’automobile et les drones »

December 24, 2014

Le président et fondateur du fabricant d’équipements de connexion pour la voiture et de drones remet chaque activité à sa place et rappelle les objectifs de sa société.

 

 

 

Henri Seydoux, Président-directeur général de Parrot

 

Pour le grand public, Parrot égale drone. Après un très bon troisième trimestre dans le domaine, comment se présente la fin de l’année ?

 

Nous avions indiqué tabler sur un retour de la croissance au second semestre 2014 grâce à des lancements intervenus au troisième trimestre. Cela s’est bien passé avec le lancement de deux mini-drones. Mais, effectivement, c’est maintenant que cela se joue y compris pour faire basculer ou non l’ensemble de l’année dans le vert. L’important, toutefois, est qu’au troisième trimestre une ligne a été franchie et que nous avons retrouvé des perspectives de croissances. Nos activités dans les drones rencontrent un vrai succès et on ne sait pas jusqu’où cela ira. En 2015, des innovations se feront d’ailleurs dans ce domaine avec de nouveaux produits présentés au CES 2015 de Las Vegas.

 

Comment voyez-vous l’année ?

 

Nous avions indiqué en février dernier, que les investissements seraient importants au premier semestre et que cela pourrait conduire nos résultats à faire une incursion en territoire négatif. Nous investissons beaucoup en R&D, environ 15 % du chiffre d’affaires actuellement, et cela passe directement en charges. En octobre, nous avons ensuite repoussé d’un an le redémarrage de l’automobile, soit en 2016 et non plus en 2015 comme initialement attendu. Nous avons donc généré de la déception pour les marchés mais, dans le même temps, nous avons apporté une bonne nouvelle puisque les drones devraient compenser dès l’année prochaine. Pour 2014, nous verrons si la croissance des drones suffit pour ramener la rentabilité dans le vert. Pour autant, un résultat négatif est possible, mais cela ne doit pas durer. Notre feuille de route est une marge d’Ebitda de 10 %. C’est ce que nous visons, et si l’on regarde l’historique de Parrot depuis 2006 c’est toujours ce que nous avons réalisé. Et la croissance va se poursuivre, nous voyons 2015 sous de bonnes perspectives grâce aux drones.

 

Pourtant le marché d’origine de Parrot est l’équipement automobile. Ce n’est plus votre principal métier ?

 

L’activité de drones devient prépondérante sur les activités automobiles. C’est aussi ce qui peut être troublant pour les investisseurs puisque nous avons longtemps été suivis par des gens qui recherchaient des valeurs rattachées au secteur de l’automobile. Là, nous devenons une valeur d’équipements technologiques pour le grand public. Les lignes de croissance des drones et de l’automobile se sont croisées et, tant que l’automobile restera difficile, compte tenu de la croissance des drones, le poids de ceux-ci continuera de croître. Aujourd’hui Parrot a deux moteurs : l’automobile et les drones.

 

Sur le fond, le choix de positionner vos produits sur Android et Apple pour la voiture connectée ne risque-t-il pas de vous fragiliser face à d’autres grands équipementiers ou même aux géants de l’électronique ?

 

On peut avoir l’impression que tout le monde est aujourd’hui dans l’« infotainment ». Notre approche dans la voiture connectée est celle du standard : le seul élément dont l’avenir est assuré est la technologie du téléphone mobile. Or, l’écosystème du téléphone mobile est notre spécialité : tout faire à partir du téléphone mobile. Avec des équipements Android ou Apple, de nombreuses applications entrent dans la voiture. Mais l’automobile est un métier avec un système de donneurs d’ordre, de grands contrats, etc., ce qui prend du temps. Nous travaillons sur huit contrats, dont deux que nous avons rendus publics, avec Volvo et McLaren. Les autres sont en phase de développement et cela prend du temps. Plus qu’attendu.

 

Quel est l’intérêt pour Parrot d’être présent à la fois dans les objets grand public et les OEM ? Ne vous dispersez-vous pas un peu trop ?

 

Nous ne faisons qu’une seule chose : nous fabriquons des équipements qui fonctionnent avec le téléphone mobile. Nous vendons des produits sophistiqués que les China Inc ne peuvent pas faire. C’est vraiment notre marque de fabrique. Nous sommes un créateur de périphériques pour téléphones et le premier est celui qui amène le téléphone dans la voiture via le Bluetooth. Nous avons pris une vague extraordinaire, celle des technologies sans fil. Nous avons vendu des centaines de milliers de produits Bluetooth pour la voiture. Or, depuis 2006, nous cherchions à développer un deuxième pied pour la société car dans la technologie les vagues montent très vite mais redescendent également violemment. Nous nous sommes donc demandé ce que nous pourrions vendre d’autre, d’original et de technologique. Cela dépend forcément des usages. Nous avons regardé la musique, les photos, la vidéo, les jeux vidéo. Nous avions également réfléchi, il y a cinq ans, au marché de la santé et aux montres connectées mais nous n’avons pas retenu de projets car nous cherchons à nous positionner avant que les gros acteurs se lancent. Certains produits connectés dans l’univers de la musique, le casque Zik et l’enceinte Zikmu, ont bien fonctionné mais c’est clairement les drones qui ont connu le succès. Les activités grand public et professionnels des drones constituent dorénavant un deuxième pied solide et forment avec l’automobile notre cœur de métier. Les activités que nous appelons « Labo », comme les casques audio ou le Flower Power, représentent un chiffre d’affaires encore insuffisant pour former une branche à part entière. Mais le vrai lien entre toutes nos activités est qu’elles fonctionnent avec un téléphone mobile. Il faut voir Parrot en dynamique, et non branche par branche, avec une cohérence technologique : il s’agit des mêmes logiciels, des mêmes puces.

 

Le risque n’est-il pas de ne s’adresser qu’à un marché restreint, celui des geeks, surtout en période de crise et de baisse du pouvoir d’achat ? Est-ce que tout le monde va devenir geek ?

 

Le monde est peuplé de geeks et les autres vont devoir s’adapter.

 

Mais où Parrot gagne-t-il de l’argent ? Dans les grandes séries, les petites séries… ?

Nous ne réfléchissions pas de cette façon. Nous parions sur l’innovation et sur des propositions originales, dans la voiture et ailleurs. Quand on lance un produit il doit dégager au moins 50 % de marge brute à son rythme de croisière. Certes, nous ne sommes pas capables de dire s’il réalisera d’importants volumes de vente mais, en revanche, s’il n’atteint pas un minimum de 100.000 ventes par an, le produit est arrêté. C’est une des règles de la maison : on fait le plein ou on ne fait pas.

 

Les produits dans la musique notamment ont fortement décru depuis le début de l’année, ont-ils réellement un avenir au sein de Parrot ? Le Flower Power a-t-il un véritable marché, et donc un avenir ?

Il y a une saisonnalité des lancements et des ventes de ce type de produits. Nous attendons un meilleur second semestre. Le casque Zik connaît un succès satisfaisant après Zikmu, qui s’est défendu honorablement dans un univers hautement concurrentiel. Nous l’avons arrêté quand les volumes ont baissé. Il n’a pas atteint son quota de vente. Nous croyons beaucoup au Flower Power qui s’adresse au marché du jardinage, avec un vrai potentiel dans la connectivité.

 

Quelles sont vos ambitions dans les drones civils professionnels ? Les faits divers survenus ces dernières semaines ne risquent-ils pas d’amener à une réglementation plus limitative pour l’usage de ces engins ?

 

Tout d’abord la technologie est à 80 % entre le grand public et le professionnel. C’est comme un appareil photo Canon : on peut l’utiliser pour un usage grand public ou professionnel. La différence du drone professionnel tient à sa capacité d’analyser les données. Il lui faut des logiciels, des capteurs et des capacités de stockage. Nous avons réalisé des opérations de croissance externe dans ce domaine pour réunir toutes ces compétences. Un drone professionnel est un logiciel volant. C’est pour cela que sur les 1.000 salariés du groupe nous avons 550 ingénieurs. Mais nous ne faisons pas de sur-mesure. Nous avons vendu l’an dernier 500 drones professionnels et devrions doubler cette année. Nous pourrions maintenir encore ces tendances l’an prochain. Ces drones ont tout de même représenté 6 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2013. Nous nous sommes concentrés dans ce domaine sur trois métiers : l’agriculture, la cartographie 3D et les géographes. Ensuite, en ce qui concerne la réglementation… je suis entrepreneur. Téléphoner en voiture est-il autorisé ou permis ? C’est la même chose pour les drones.

 

Existe-t-il vraiment encore une place pour des sociétés françaises de taille moyenne dans le monde de l’électronique ?

 

Le défaut du high-tech est que cela va très vite, il faut avoir le cœur bien accroché. Mais la qualité de ce marché est que le produit peut plaire partout dans le monde, que l’on soit taïwanais, finlandais ou français. Notre drone BeBop n’est pour l’instant vendu qu’en France et aux Etats-Unis, pourtant nous recevons déjà des images de partout dans le monde. C’est aussi pour cela que la société s’appelle

 

Parrot : on n’est pas marqué par notre nationalité.

 

Pourquoi ne distribuez-vous pas de dividende ?

 

Nous n’avons pas atteint le stade de maturité et le niveau de succès qui nous conforteraient dans une stratégie de rendement. Nous préférons maximiser la croissance, et pour cela nous investissons beaucoup.

 

Retrouvez notre conseil sur Parrot dans Investir-Le Journal des Finances et dans sa version numérique sur notre site.

 

Propos recueillis par Delphine Tillaux http://bourse.lesechos.fr/

Please reload

Nouvelle réglementation européenne des drones pour 2020

March 8, 2020

1/8
Please reload

Recent Posts
Please reload

Archive

CENTRALE DRONES

Get the best by the best

Fuel your drone's passion...

CENTRALE DRONES