Transition énergétique : quelques précisions

January 1, 2015

 

Les événements qui se déroulèrent vers le milieu du XXIe siècle, connus comme ayant fondé la «Révolution des énergies biologiques», sont à peu près connus de tout le monde. Il manquait depuis longtemps des précisions chronologiques. En voici quelques-unes.

 

 

Le premier drone arriva sur la centrale à 18 h 42, d'après le chef de garde du portail ouest, au ras de la

 

détecta en fait à 18h43'10''. C'était un hexacoptère de classe 6, charge utile 2,4 kg. On était le 31 décembre.

 

L'agent coordonnateur Martin, qui avait fini son service, était sur le parking D. Il le vit passer en éloignement vers le sud. À 18h45'06'', un deuxième appareil, similaire, apparut assez haut dans le ciel déjà sombre et descendit en spiralant rapidement sur le bâtiment AZ 2. Il s'écrasa sur la dalle de couverture en béton. Le troisième drone était déjà arrivé par l'ouest, mais c'était cette fois un gros appareil de classe 13 b, de deux mètres d'envergure. On sut plus tard qu'il avait été accroché par le radar de B., à 18h45'52''.

 

L'explosion fut entendue à plus de 6 kilomètres, accompagnée d'un train d'impulsion sismique d'un rayon de 170 kilomètres pour la fréquence médiane.

 

Médiapart put obtenir, et publia ultérieurement, le schéma approximatif des faits. Le premier appareil avait largué une microbalise sur le bâtiment AZ 2 (forte puissance émissive, faible durée d'émission). Le deuxième avait vérifié le bon fonctionnement et le bon positionnement de cette balise. Le troisième avait percuté le bâtiment avec une charge probable de 80 kg d'explosif ultra-brisant, de la «mélinite afghane» selon l'expertise du Laboratoire central de détonique de Gramat (Lot). Le préfet de région, averti vers 19 heures, décréta l'évacuation générale selon le scénario dit minimal, soit 7 000 personnes environ dans un périmètre de 20 à 30 km. Le repli se fit par chemin de fer et par bus, assorti d'une interdiction rigoureuse d'usage des véhicules privés. C'est le Lot qui fut chargé de recueillir les réfugiés en raison du taux exceptionnellement bas de sa densité démographique, fruit d'une politique opiniâtre de dédensification durable. Ceux-ci furent hébergés au sein de dix camps montés en un temps très rapide par le Génie de Montauban, après un très bref concours d'architecture organisé par le Conseil de l'architecture d'urgence interrégional. Des foreuses de trois entreprises aveyronnaises vinrent creuser un puits dans chacun des camps, sur la foi de plans du sous-sol karstique fournis par le CSP (Comité scientifique de spéléologie), qui donnèrent une eau gazeuse légèrement citronnée tout à fait potable.

 

On était à la fin du printemps, et les conditions météorologiques étaient clémentes. Les antennes du Samu permirent à une série d'accouchements de se passer sans gros problème. La prison de Cahors, rouverte en urgence grâce à l'amabilité des Chinois qui l'avaient rachetée, accueillit un certain nombre de malfaiteurs surpris à louer aux réfugiés des logements illégaux au marché noir. Les œuvres d'art des musées de la zone contaminée furent entreposées dans les bâtiments du Grand Lot, où beaucoup hélas furent victimes de l'humidité des lieux. L'évêque de Cahors organisa, dès le deuxième jour de l'exil, car c'est ainsi que l'on appela le grand déplacement, un pèlerinage à Rocamadour, qui se fit à la bougie, rapporta beaucoup d'indulgences aux uns et de menues oboles aux autres. Car bien sûr la panne électrique fut générale, du moins pendant la première semaine, jusqu'à l'installation d'une centaine d'éoliennes portables, locales et citoyennes, par le Nouveau Parc régional, lesquelles fonctionnèrent à la perfection, même les jours sans vent, fournissant chacune jusqu'à 3,89 kWh (sans aucune aide extérieure, mis à part un léger graissage tri-journalier).

 

Les problèmes commencèrent lorsqu'une nouvelle inattendue circula dans les camps. Les liquidateurs avaient soi-disant achevé leur travail, la centrale était prétendument devenue inoffensive, et le rapatriement allait commencer. Tout ceci à peine trois semaines après le sabotage du 23 mai.

Ce n'était pourtant pas une rumeur : des le 30 juin le ministre de l'Énergie et sa co-ministre paritaire vinrent faire un discours, sur la Grand-Place de Saint-Géry, au terme duquel tout un chacun fut invité à regagner les gares, désormais remises en service, les trains à bois raméal fragmenté et les bus à pédales, afin de rentrer à la maison.

 

Les associations s'émurent. Elles démontrèrent qu'en si peu de temps on n'avait pas pu régler un problème aussi lourd que celui d'une explosion de centrale nucléaire. Greenpeace, on s'en souvient, vint s'en mêler.

 

Les militants de Greenpeace, cachés dans un camion venu apporter à la centrale un assortiment de pots de peintures et de pinceaux, s'infiltrèrent dans la centrale. Ils en sortirent quatre heures plus tard à peine. Hilares, ils tinrent aussitôt la fameuse conférence de presse du 15 juillet. Son contenu est bien connu, et nous n'y reviendrons pas. Simplement nous en avons extrait les quelques précisions chronologiques rapportées ci-dessus. Nous en avons aussi tiré diverses petites corrections ethnologiques ci-après, que nous avons fait contrôler par la Haute Autorité des études savantes.

 

L'explosif, guère plus de 350 grammes, n'était qu'une simple poudre noire de dessouchage rural fabriqué artisanalement dans la banlieue de Labastide-Murat. Il creva le bâtiment AZ2, lequel n'était pas couvert par une dalle de béton armé de trois mètres d'épaisseur, mais par un simple toit de tuiles canal posé sur un faux plafond de polystyrène. Les équipes de secours trouvèrent sans difficultés l'escalier qui descendait vers les sous-sols.

 

Les cages à écureuils subventionnées

 

La modeste secousse provoquée par le 3e drone n'avait pas perturbé le fonctionnement des roues énergétiques. Disposés sur quatre niveaux, les tunnels hypogés contenaient chacun quatre-vingt de ces roues en parfait état. Les fils électriques torsadés qui en sortaient formaient des faisceaux réunis au plafond. Les tapis roulants automatiques apportaient leur flot régulier du fameux mélange herbe sèche-noisette qui fit tant parler de lui plus tard sur les marchés à l'export. Des petites cascades d'eau fraîche desservaient également toutes les roues. Une musique d'ambiance baignait l'espace qu'illuminait un éclairage luminothérapique. Les milliers d'écureuils faisaient allégrement tourner les roues, en babillant à qui mieux mieux. Il faut insister : c'est bien le porte-parole de Greenpeace qui rapporta le bonheur dans lequel vivaient les sciuridés de la centrale, ce qui enlève tout crédit aux grincheux de la soi-disant Association universelle de défense des écureuils du monde.

 

L'opération des trois drones, organisée par les autorités afin de sauvegarder l'avenir des centrales électriques, avait atteint son but. Certes, l'orgueil technique de la nation en avait pris un coup, et il avait fallu admettre que notre pays ne maîtrisait pas du tout, et n'avait jamais maîtrisé, le nucléaire civil. Mais le but avait été atteint : l'opinion publique ne s'opposait plus à la rénovation de ces ateliers inoffensifs, bien au contraire.

 

Grâce à ce stratagème de communication, les pouvoirs publics envisagent maintenant de subventionner les cages à écureuils domestiques, individuelles, afin de responsabiliser chaque foyer, avec le projet d'étendre cette aide à l'utilisation opérationnelle de hamsters, de chiens, d'ânes, d'adultes bénévoles, d'écoliers du causse et de fonctionnaires territoriaux…

 

 

http://www.ladepeche.fr/

 

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